Ballotté entre restrictions budgétaires du côté de la demande et innovations technologiques à monétiser du côté de l’offre, le marché de l’information électronique professionnelle est un marché à multiples facettes, à la croisée des chemins.
Impacté par un environnement macro-économique défavorable, le potentiel du marché de l’information électronique (IEP) professionnelle a été freiné ces dernières années, son taux de croissance plafonnant à 3% en 2009. L’année 2010 lui permet de renouer avec le rythme de 2008 (+4,2%), atteignant ainsi 1,6 milliard d’euros. Les prévisions de serdaLAB augurent de surcroît d’un nouvel élan en 2011 (prévision : +6%) et dans une moindre mesure en 2012 (+4,5%), deux années qui devraient figurer parmi les meilleures enregistrées depuis cinq ans. Des chiffres qui, rappelons-le, ne concernent que l’information diffusée au format numérique (on-line et off-line).
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Notons toutefois que le marché est tiré vers le haut par l’explosion des éditeurs de logiciels de veille et moteurs de recherche ainsi que les prestataires en traitement de contenus (numérisation, indexation, transformation au format ebook…) qui progressent de façon fulgurante avec des taux de croissance respectifs de 14,3% et 22,3%. Outre ces segments, les segments d’édition les plus dynamiques restent l’information scientifique, technique et médicale (ISTM), l’information financière et l’information juridique. A l’inverse, les segments de l’information de solvabilité et des images plongent de façon inquiétante, en raison d’une offre gratuite sur Internet de plus en plus importante.
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Le marché français de l’IEP a donc bien résisté compte tenu de la conjoncture. Si l’impact le plus violent de la crise semble passé, ses conséquences sur les pratiques d’achat des organisations se font plus que jamais ressentir. Après une augmentation des budgets dédiés à l’achat d’informations de l’ordre de 3% en 2011, les perspectives sont à la baisse pour 2012 (-1,7%). Les résultats de l’enquête serdaLAB démontrent de façon flagrante la transition qui s’opère progressivement entre format papier et format numérique : ainsi une augmentation du budget entraîne une hausse des achats au format électronique pour 77% des organisations, contre seulement 27% pour le format papier. A contrario, une diminution de budget provoque une diminution de l’achat de ressources au format papier, pour 63% des organisations sondées. La part du budget consacré aux ressources numériques est de 43,5% en 2011 et devrait atteindre les 80% en 2018, d’après les projections de serdaLAB.
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Parmi les répondants, le taux d’équipement en supports de lecture numérique est encore faible (13%). En 2012, 11% des organisations envisagent de se doter de ces supports de lecture numérique.
D’un point de vue global, les acheteurs d’informations sont plutôt satisfaits (76%) de l’offre de ressources électroniques. On constate toutefois que les freins à l’achat sont clairement identifiés : tout d’abord, le prix. 79% des répondants à l’enquête sont insatisfaits de l’offre tarifaire et 55% jugent l’utilisation insuffisante par rapport au coût d’acquisition des ressources. Outre les griefs financiers, les restrictions imposées aux utilisateurs et le manque de souplesse accordée dans le choix des titres sont également sujets à critiques pour 42% et 38% des personnes interrogées. L’offre idéale, telle qu’imaginée par les acheteurs, serait remaniée au niveau du modèle économique : la sélection titre par titre et la prise en compte du taux de lecture des contenus acquis permettaient par exemple de parvenir à une tarification plus juste.
Au-delà de la demande, l’évolution à court et moyen terme de l’information électronique professionnelle dépendra de la capacité des offreurs à créer de la valeur à partir des nouvelles tendances :
- L’enrichissement sémantique des données, qui place la métadonnée au cœur des problématiques de recherche, d’accessibilité et de visibilité des contenus multimédias (vidéo, photo, texte) qui composeront les nouvelles générations d’articles. C’est notamment le cas pour le projet « The article of the future » développé par Elsevier. Cela dit, les investissements induits par ces innovations posent la question de la monétisation de ces dernières par les éditeurs. De nouveaux modèles économiques pourraient alors faire leur apparition.
- L’édition dans les pays émergents : le classement annuel de l’édition mondiale édité par Livres Hebdo, paru en septembre 2011, recense pour la première fois des éditeurs russes et brésiliens. Il confirme aussi l’essor de l’édition chinoise. Malgré les carences en technologies et le faible taux d’équipement en supports de lecture numérique, ces marchés non concentrés sont riches en potentiel. Les éditeurs internationaux l’ont bien compris et se sont lancé dans l’aventure, au Brésil notamment. Le segment ISTM est particulièrement concerné par l’impact de ces nouveaux marchés dans la mesure où 35% de la production scientifique sera issue des seuls travaux de recherche du Brésil, de la Chine, de l’Inde et de la Corée du Sud à l’horizon 2015.
- L’ouverture des données publiques, dont la réutilisation résulte d’un triple enjeu de développement économique, politique et social. Le bénéfice économique global du mouvement open data « pourrait s'élever à des dizaines de milliards d'euros, chaque année » selon Neelie Kroes, la Commissaire européenne à la Société de l’information. Une valorisation qui pourrait atteindre 140 milliards d’euros par an dans l’Union européenne, d’après des projections effectuées dans le cadre de l’étude « Review of recent studies on PSI re-use and related market developments » Toutefois, la richesse créée à partir des données publiques variera en fonction des efforts - pour le moment plutôt contrastés - consentis par les gouvernements en faveur de la diffusion de l’information (gouvernance, législation), et la capacité de tous (des éditeurs comme des initiatives privées) à créer de la valeur autour de ces informations.
- Enfin, l’exploitation des Big data (ou masses de données) pourrait à terme transformer la vision marketing actuelle guidée par le produit en faveur d’une stratégie orientée vers le consommateur. La collecte et l’analyse de très grandes masses de données (parcours des internautes par exemple) pourraient s’avérer précieuses et s’inscrire dans une démarche de meilleure connaissance de la demande et une compréhension plus fine des besoins des acheteurs d’informations. Dans le secteur des médias, la baisse des revenus générés par la publicité favorise le développement de la monétisation de l’exploitation des données utilisateurs. Si l’intérêt financier de cette pratique paraît évident, la course effrénée à la récupération d’informations toujours plus précises sur les individus suscite des débats éthiques.
Source : serdaLAB
Plus d'informations dans l'étude "Information électronique professionnelle : marché et tendances en 2012"