Les essentiels
Domaine Abonnez vous au flux RSS associé Archive RSS
Conférence
- Manon Vincent

Jeudi 10 mai dernier, à l’initiative de la société Mondeca, s'est tenue à La Cantine, à Paris, la conférence « Données ouvertes : mode d’emploi ? ». Cette ambitieuse conférence sur la valorisation des données publiques s’est donnée pour but de faire le point sur l’open data en France et plus particulièrement sur l’engagement pris par l’Etat français avec la création d’Etalab et du portail dédié data.gouv.fr. De nombreuses problématiques ont été abordées, aussi bien les efforts technologiques mis en œuvre pour l’ouverture des données que les exigences de comportement que l’open data suppose. Romain Lacombe et Charles Ruelle d’Etalab ainsi que les représentants de Mondeca, Atos, eMakina et le Conseil général du Loir-et-Cher étaient présents. La conférence a ainsi montré que si le développement de l’open data répond à des exigences politiques (transparence, démocratisation de l’accès aux données…), il nécessite également la création de « briques » technologiques importantes, faisant appel à différents types d’expertise. Ces « briques » sont, en effet, indispensables pour « sémantiser » les données et faire émerger, peut-être, le Web de données, dit aussi Web 3.0.

Tendance
- Thibaut Stephan

Ballotté entre restrictions budgétaires du côté de la demande et innovations technologiques à monétiser du côté de l’offre, le marché de l’information électronique professionnelle est un marché à multiples facettes, à la croisée des chemins.

Impacté par un environnement macro-économique défavorable, le potentiel du marché de l’information électronique (IEP) professionnelle a été freiné ces dernières années, son taux de croissance plafonnant à 3% en 2009. L’année 2010 lui permet de renouer avec le rythme de 2008 (+4,2%), atteignant ainsi 1,6 milliard d’euros. Les prévisions de serdaLAB augurent de surcroît d’un nouvel élan en 2011 (prévision : +6%) et dans une moindre mesure en 2012 (+4,5%), deux années qui devraient figurer parmi les meilleures enregistrées depuis cinq ans. Des chiffres qui, rappelons-le, ne concernent que l’information diffusée au format numérique (on-line et off-line).

 

Evolution du marché français de l'information électronique professionnelle

 

Notons toutefois que le marché est tiré vers le haut par l’explosion des éditeurs de logiciels de veille et moteurs de recherche ainsi que les prestataires en traitement de contenus (numérisation, indexation, transformation au format ebook…) qui progressent de façon fulgurante avec des taux de croissance respectifs de 14,3% et 22,3%. Outre ces segments, les segments d’édition les plus dynamiques restent l’information scientifique, technique et médicale (ISTM), l’information financière et l’information juridique. A l’inverse, les segments de l’information de solvabilité et des images plongent de façon inquiétante, en raison d’une offre gratuite sur Internet de plus en plus importante.

 

 Part des segments du marché de l'information électronique professionnelle en 2010

 

Le marché français de l’IEP a donc bien résisté compte tenu de la conjoncture. Si l’impact le plus violent de la crise semble passé, ses conséquences sur les pratiques d’achat des organisations se font plus que jamais ressentir. Après une augmentation des budgets dédiés à l’achat d’informations de l’ordre de 3% en 2011, les perspectives sont à la baisse pour 2012 (-1,7%). Les résultats de l’enquête serdaLAB démontrent de façon flagrante la transition qui s’opère progressivement entre format papier et format numérique : ainsi une augmentation du budget entraîne une hausse des achats au format électronique pour 77% des organisations, contre seulement 27% pour le format papier. A contrario, une diminution de budget provoque une diminution de l’achat de ressources au format papier, pour 63% des organisations sondées. La part du budget consacré aux ressources numériques est de 43,5% en 2011 et devrait atteindre les 80% en 2018, d’après les projections de serdaLAB.

 

Evolution de la part de l'électronique dans le budget des acheteurs d'informations

Parmi les répondants, le taux d’équipement en supports de lecture numérique est encore faible (13%). En 2012, 11% des organisations envisagent de se doter de ces supports de lecture numérique.

D’un point de vue global, les acheteurs d’informations sont plutôt satisfaits (76%) de l’offre de ressources électroniques. On constate toutefois que les freins à l’achat sont clairement identifiés : tout d’abord, le prix. 79% des répondants à l’enquête sont insatisfaits de l’offre tarifaire et 55% jugent l’utilisation insuffisante par rapport au coût d’acquisition des ressources. Outre les griefs financiers, les restrictions imposées aux utilisateurs et le manque de souplesse accordée dans le choix des titres sont également sujets à critiques pour 42% et 38% des personnes interrogées. L’offre idéale, telle qu’imaginée par les acheteurs, serait remaniée au niveau du modèle économique : la sélection titre par titre et la prise en compte du taux de lecture des contenus acquis permettaient par exemple de parvenir à une tarification plus juste.

 

Au-delà de la demande, l’évolution à court et moyen terme de l’information électronique professionnelle dépendra de la capacité des offreurs à créer de la valeur à partir des nouvelles tendances :

- L’enrichissement sémantique des données, qui place la métadonnée au cœur des problématiques de recherche, d’accessibilité et de visibilité des contenus multimédias (vidéo, photo, texte) qui composeront les nouvelles générations d’articles. C’est notamment le cas pour le projet « The article of the future » développé par Elsevier. Cela dit, les investissements induits par ces innovations posent la question de la monétisation de ces dernières par les éditeurs. De nouveaux modèles économiques pourraient alors faire leur apparition.

- L’édition dans les pays émergents : le classement annuel de l’édition mondiale édité par Livres Hebdo, paru en septembre 2011, recense pour la première fois des éditeurs russes et brésiliens. Il confirme aussi  l’essor de l’édition chinoise. Malgré les carences en technologies et le faible taux d’équipement en supports de lecture numérique, ces marchés non concentrés sont riches en potentiel. Les éditeurs internationaux l’ont bien compris et se sont lancé dans l’aventure, au Brésil notamment. Le segment ISTM est particulièrement concerné par l’impact de ces nouveaux marchés dans la mesure où 35% de la production scientifique sera issue des seuls travaux de recherche du Brésil, de la Chine, de l’Inde et de la Corée du Sud à l’horizon 2015.

- L’ouverture des données publiques, dont la réutilisation résulte d’un triple enjeu de développement économique, politique et social. Le bénéfice économique global du mouvement open data « pourrait s'élever à des dizaines de milliards d'euros, chaque année » selon Neelie Kroes, la Commissaire européenne à la Société de l’information. Une valorisation qui pourrait atteindre 140 milliards d’euros par an dans l’Union européenne, d’après des projections effectuées dans le cadre de l’étude « Review of recent studies on PSI re-use and related market developments » Toutefois, la richesse créée à partir des données publiques variera en fonction des efforts - pour le moment plutôt contrastés - consentis par les gouvernements en faveur de la diffusion de l’information (gouvernance, législation), et la capacité de tous (des éditeurs comme des initiatives privées) à créer de la valeur autour de ces informations.

- Enfin, l’exploitation des Big data (ou masses de données) pourrait à terme transformer la vision marketing actuelle guidée par le produit en faveur d’une stratégie orientée vers le consommateur. La collecte et l’analyse de très grandes masses de données (parcours des internautes par exemple) pourraient s’avérer précieuses et s’inscrire dans une démarche de meilleure connaissance de la demande et une compréhension plus fine des besoins des acheteurs d’informations. Dans le secteur des médias, la baisse des revenus générés par la publicité favorise le développement de la monétisation de l’exploitation des données utilisateurs. Si l’intérêt financier de cette pratique paraît évident, la course effrénée à la récupération d’informations toujours plus précises sur les individus suscite des débats éthiques.

Source : serdaLAB

 

Plus d'informations dans l'étude "Information électronique professionnelle : marché et tendances en 2012"

Actu marché
- Virginie Boillet

La SSII Atos vient de procéder au rachat de l'éditeur français de logiciels de réseaux sociaux d'entreprise (RSE) BlueKiwi. Atos va ainsi renforcer sa position dominante sur le marché du RSE. Cette acquisition va lui permettre également de développer de nouvelles solutions documentaires davantage tournées sur la vie autour du document ou des applications sociales « verticales ».

Fondé en 2006 par Carlos Diaz et Christophe Routhieau, BlueKiwi est parvenu en quelques années à commercialiser ses logiciels auprès de grands comptes comme Total, GDF Suez, Carrefour, Allianz ou La Poste. BlueKiwi réalisait en 2010 deux millions d’euros de chiffre d’affaires (CA 2011 non publié sur Infogreffe) et affichait une rentabilité négative, due à des investissements importants.  Selon plusieurs sources presse, son chiffre d’affaires de 2011 serait de 5 millions d’euros (La vérité est sans doute bien en-dessous).  BlueKiwi est certainement le leader du marché des logiciels de RSE en France, avec environ 30% de parts de marché (sur un marché du logiciel estimé à 10 millions d'euros selon Lecko). Ce rachat va lui permettre d’avoir une véritable assise financière pour se développer en Europe.

Marché des RSE en devenir
Le marché du RSE est un marché faible, mais prometteur en France : selon une récente étude du cabinet d’études Pierre Audouin Consultants (PAC), le marché des logiciels et services liés aux réseaux sociaux d’entreprise et autres outils collaboratifs devrait générer plus de 230 millions d’euros en 2012 (marché à peu près équivalent au marché des logiciels et services de veille). Le taux de croissance annuel moyen du marché des RSE devrait être de 9,8% d’ici à 2015, soit un taux 3,5 fois supérieur à celui du marché des logiciels et services IT « classiques ». En effet, la France est en retard par rapport à l'Amérique du Nord et du Sud ainsi que l'Asie, très friandes en outils sociaux. Seules 22% des organisations françaises ont recours à un réseau social, contre la moitié dans la zone BRIC, et encore davantage en Amérique Latine (53%), selon une étude internationale d'Experian Business Strategies Ltd (contre un taux d'adoption moyen des RSE dans le monde de 50% en 2011, selon une enquête Mc Kinsey). 

Renforcement de position
Outre le fait que BlueKiwi va permettre à Atos de mettre en application plus facilement sa stratégie de passage au « zéro email » d’ici deux ans maintenant, ce rachat va non seulement permettre à Atos de renforcer sa place dominante en Europe, (qu’il se dispute avec CapGemini)  sur un marché en plein devenir, à l’aide d’une solution mature et réputée, mais aussi d’intégrer le RSE dans des projets plus larges de gestion documentaire. L’avenir étant à la gestion des flux autour des documents et non plus à la gestion statique de documents dans des ECM ou des systèmes de Ged centralisé, cette acquisition est un « beau coup » de la part d’Atos, positionné également sur les projets d’ECM, d’archivage électronique et de gestion collaborative autour des documents. La SSII a précisé qu’elle continuerait toutefois d’intégrer d’autres solutions de RSE en fonction des besoins de ses clients.
Atos aura tout le loisir également de pouvoir développer des solutions de RSE verticales (RSE pour la relation client, RSE pour les chercheurs…), à partir de BlueKiwi, afin de s’adapter à des besoins plus métier, que transversaux. En effet, Carlos Diaz a évoqué la possibilité que BlueKiwi devienne un laboratoire destiné, au sein d'Atos, à développer les offres d'outils sociaux.

Modèle freemium en vogue

Par ailleurs, Atos pourrait profiter de ce rachat pour modifier le modèle économique de BlueKiwi et en proposer une version light gratuite, afin cannibaliser le marché. C’est ce qui est arrivé à Success Factors, racheté par SAP, l’éditeur d’ERP fin 2011, qui a annoncé que Jam, sa solution collaborative devenait gratuite pour tous ses clients. Une version payante intégrant des connecteurs (SharePoint par exemple) sera commercialisée en parallèle. Ce modèle du freemium est en vogue : Salesforce, l’éditeur de CRM en mode SaaS, a opté pour ce modèle pour son réseau social Chatter : une version gratuite et une version premium payante.

Future convergence ECM/RSE

On peut s’attendre à une future convergence de l’offre d’une part entre les pure players (Jive, Yammer), et avec les fournisseurs d’infrastructures (Microsoft, IBM) ou les grands éditeurs (tels que SAP), et d’autre part avec les éditeurs de gestion de contenu (EMC Documentum, Open text…). Ainsi le RSE américain Yammer a racheté en mars 2012 OneDrum, une application axée sur la création collaborative de documents et le partage de fichiers. Lancé en 2008, Yammer s’octroie un nouveau positionnement en replaçant le contenu au cœur de son réseau social d’entreprise. L’année 2012 pourrait donc donner lieu à d’autres rapprochements d’importance.

Source : serdaLAB

Tags : RSE
- Manon Vincent

LED, LOD, OSD… sous ces sigles se cache une réalité bien présente : le développement grandissant de projets de Linked Data aussi bien du côté des acteurs privés que des acteurs publics. Les retombées de ces projets pourraient être de taille : l’approche Linked Data pouvant devenir une « norme » en matière de structuration de l’information.

Depuis quelques temps, les projets de Linked Data se multiplient. Qu’ils soient issus d’instances étatiques ou d’entreprises privées, ces projets tendent tous à l’optimisation et à l’amélioration de la recherche d’informations. Le principe des Linked Data est de lier les données via des expressions RDF (Resource Description Framework, qui décrivent les relations unissant ces données). Les Linked Data sont, du reste, fortement liées au Web sémantique dans lequel les données sont structurées grâce aux métadonnées qui les décrivent.

Du côté des gouvernements ou des organismes d’Etat, de nombreux projets de Linked Data ont été développés parallèlement à l’ouverture des données publiques. Les projets de Linked Open Data (LOD, ou « données ouvertes liées ») permettent de « corriger » les problèmes inhérents aux open data (ou « données ouvertes »),  la quantité de données générée par les open data noyant souvent l’information. Les projets de Linked Data visent donc à décloisonner les informations, à agréger les données disparates, à sortir de l’opacité des données, en un mot : à aider l’utilisateur à accéder à l’information pertinente. Ainsi, les archives nationales britanniques ont développé une plate-forme de Linked Data afin de lier les archives Web du gouvernement britannique avec les « open data » (« données ouvertes ») du site data.gov.uk et avec d’autres ensembles de données déjà en Linked Open Data. En France, le CNRS a lancé, en collaboration avec les sociétés Antidot, Sword et Mondeca, la plate-forme Open Data ISIDORE, fondée sur les principes des Linked Data et spécialisée en sciences humaines et sociales (SHS).

Du côté des acteurs privés, l’Open Science Data (ou OSD) a aussi le vent en poupe : le groupe Nature Publishing (NPG) venant de lancer une plate-forme de Linked Data dédiée aux publications scientifiques.

Par ailleurs, les Linked Enterprise Data (LED ou « données d’entreprise liées ») ne cessent de se développer, l’approche LED permettant d’unifier les systèmes d’informations pour obtenir un système d’informations agile. Comme le souligne la société Antidot dans son livre blanc sur le phénomène, le LED s’impose à la fois comme une solution horizontale et verticale : horizontale car générique, ouverte et basée sur des standards du W3C et verticale car le LED permet de développer des approches très fortement métier.

Actuellement, le web est un système où la valeur des données est créée par le traitement de l’information. Or, l’approche Linked Data apporte une réponse fonctionnelle au traitement de ces données : elle est souple, évolutive et ouverte. Ainsi, si le phénomène des Linked Data s’étend, il pourrait bien aboutir au Web 3.0, dans lequel les techniques du Web sémantique occuperait une large place.

Source : serdaLAB

 

 

Actu marché
- Thibaut Stephan

Le montant de cette acquisition est estimé à 20 millions d'euros.

La SSII Atos a procédé au rachat de l'éditeur de logiciels de réseaux sociaux d'entreprise BlueKiwi. Le montant de l'opération est estimé à 20 millions d'euros. Pour Carlos Diaz, cofondateur de BlueKiwi, "la rumeur n'aura pas duré très longtemps, nous avons décidé d'accepter l'offre de rachat faite par Atos. Adossé à un groupe comme Atos, la suite de l'aventure sera tout aussi passionnante".  

Fondé en 2006 par Carlos Diaz et Christophe Routhieau, BlueKiwi est parvenu en quelques années à commercialiser ses logiciels auprès de grands comptes comme Total, GDF Suez, Carrefour, Allianz ou La Poste. Son chiffre d'affaires s'est établi à 5 millions d'euros en 2011. 

Ce rachat vient confirmer la prédiction du PDG d'Atos Thierry Breton qui, au mois de mars 2011, prônait l'abandon progressif du courrier électronique. Il annonçait alors son intention de "diminuer la pollution informationnelle et devenir d'ici trois ans une entreprise zéro mail". Avec l'acquisition d'un acteur majeur des réseaux sociaux d'entreprise, Atos hâte sa marche vers l'abandon du courrier électronique.

Source : Archimag

Tags : RSE
- Manon Vincent

La Commission Européenne a publié le 14 mars dernier les résultats du sondage en ligne qu’elle a lancé à l’été 2011. Les résultats de l’étude montrent que, pour 84% des participants, l’accès aux publications scientifiques reste problématique, notamment en raison des prix en inadéquation avec les budgets des bibliothèques. Pour 90% des sondés, il est souhaitable que les recherches issues de fonds publics soient en open access (OA) sur internet. Autre apport intéressant : 85% des enquêtés soutiennent l’idée de développer un réseau européen de « dépôts » qui servirait au stockage des données scientifiques.

Conférence
- Virginie Boillet

A chacun son rôle : le réseau social favorise les discussions et le partage d'informations et la gestion de contenu assure son stockage et sa pérennité. Les deux outils sont appelés à s'interconnecter dans les entreprises.

Tendance
- Thibaut Stephan

Lors d'une conférence sur le salon Collaboratif et RSE qui s'est tenu en mars 2012, les intervenants étaient en désaccord sur l’évolution actuelle de l’e-mail. D’un côté : ceux qui constatent une hausse du nombre d’e-mails notamment avec l’explosion des notifications (Kwaga) tandis que certains considèrent que l’e-mail est en perte de vitesse. Tous s’accordent en revanche sur le fait que la génération Y « rejette » l’e-mail, jugé passéiste.

Tendance
- Virginie Boillet

serdaLAB vous propose une synthèse en français du rapport PEER (Publishing and the Ecology of European Research)sur l'incidence économique des publications en open access (libre accès).

Tags : open access
Actu législation
- Virginie Boillet

Cet article a été publié sur le blog "A la toison d'or", de Rémi Mathis, archiviste paléographe et conservateur des bibliothèques. Nous le rééditons avec son aimable autorisation.

Quand, comme moi, vous n’êtes pas juriste mais que vous êtes appelé à vous intéresser aux questions de droit d’auteur, tout commence bien : le code de la propriété intellectuelle n’est pas bien gros si l’on s’en tient à la propriété littéraire et artistique. La jurisprudence un peu étrange parfois, mais globalement on s’y retrouve. Cela tombe bien car les questions de droit d’auteur sont centrales sur Wikipédia – plus encore sur Commons. Les projets Wikimédia sont – la plupart du temps – extrêmement légaliste, valeur provenant du monde du libre, ce qui se traduit par une application stricte du droit, qu’il faut connaître.
 
Les choses se corsent néanmoins rapidement.
La récente décision de la Cour suprême des Etats-Unis en est un témoignage. Expliquons en deux mots pour donner une idée au lecteur. La durée du droit d’auteur a beaucoup évolué aux Etats-Unis : pour les œuvres étrangères créées entre 1923 et 1978 et enregistrées aux Etats-Unis, la durée de protection était de 95 ans après la création. La signature par les USA de la convention de Berne en 1988 a changé la donne et l’Uruguay Round Agreements Act (URAA) décide que les œuvres étrangères encore protégées dans leur pays au 1er janvier 1996 par le droit d’auteur seraient également protégées aux Etats-Unis : les œuvres non enregistrées sont tout de même protégées pour 95 ans. C’est cette loi, finalement jugée valide au terme d’une longue procédure, qui s’applique aujourd’hui, faisant pour la première fois sortir des œuvres du domaine public.
 
Paradoxalement, les œuvres sont même protégées aux Etats-Unis quand elles ne le sont plus dans leur propre pays. Prenons l’exemple de Garcia Lorca : mort en 1936, il s’est élevé dans le domaine public en 2007 en Espagne. En revanche, aux Etats-Unis, ses œuvres appartiennent au domaine public si elles ont été publiées avant 1923 et y entreront au fur et à mesure entre 2018 et 2031 pour les autres.

Situation absurde, parfois scandaleuse, mais simple, direz-vous ? Non pas !
 Car les 95 ans débutent à la date de publication. Comment connaître la date de publication exacte d’un des nombreux livres dont tout le monde a oublié jusqu’à l’existence ? Qu’entend-on par « publication » dans le cas d’un tableau ?
Comme l’indique Jean-Fred :

"Dernier rebondissement en date pour la France : la directive européenne de 1993 d’extension du droit d’auteur à 70 ans après la mort de l’auteur n’y a été transposée qu’en mars 1997, soit après la date d’entrée en vigueur de l’URAA. Les œuvres provenant de France concernées par l’URAA seraient donc celles publiées après 1923 par un auteur mort après 1946 (et non 1926). Il faut également tenir compte des prorogations de guerre, habituellement caduques : les œuvres publiées avant le 1er janvier 1948 bénéficient d’une extension de 8 ans et 120 jours. Mais attention, cela ne s’applique pas aux compositions musicales, qui bénéficiaient de l’extension à 70 après la mort de l’auteur depuis 1985, et qui donc bénéficient systématiquement des prorogations. Ou pas…"
 
Bref, tout ceci est très compliqué à mettre en œuvre. Bien plus drôle encore si l’on considère que ces œuvres peuvent être chargées par un Chilien sur des serveurs dépendant d’une fondation américaine puis lues aux Pays-Bas par un Belge sur un site majoritairement fréquenté par des Français.
 
Alors parfois, on a l’impression que nos interlocuteurs pensent qu’il n’y a pas de problème uniquement parce qu’ils n’y sont pas confrontés. En effet, si vous vous contentez de publier sur papier des livres écrits par un unique auteur dont vous connaissez bien la biographie, il n’y a pas de problème pour savoir quel droit s’applique et si l’auteur jouit encore d’un monopole ou pas. Mais dans le monde numérique, il y en a, des problèmes et des questions. Des gros ; des embrouillés. Des tellement compliqués que personne n’est capable de dire ce qu’il en est. Et que seul un procès permet de savoir si on était en faute ou pas.
 
Rappelons qu’on ne sait actuellement pas si La Guerre des boutons appartient au domaine public. Qu’il a fallu deux arrêts de la cour de Cassation pour statuer sur le cas de Maurice Ravel.
 
Parallèlement, on voit, sur des cas très simples, des personnes de qualité passer à côté de leur sujet. Aussi était-ce très surprenant d’entendre naguère M. Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, affirmer que la liberté de panorama existe déjà dans le droit français – alors que cette exception proposée par l’Europe dans sa directive n’y a jamais été transcrite.
 
Même quand les cas sont simples, certains de nos interlocuteurs ignorent les bases du droit. M. Rogard est directeur exécutif de la SACD, société de perception de droits d’auteurs. Pourtant, il ne pense pas qu’il soit important de respecter le droit des photographes ni des affichistes sur son blog.

Source : http://alatoisondor.wordpress.com/

 

Page 1 / 3 1 2 3
Powered by KB Crawl